court métrage fiction
en recherche de production

  • genre : western contemporain
  • durée : 20 mn
  • thèmes : femmes à la rue, précarité, liens, résilience, violence et néo-libéralisme.

photos :
Alexa Brunet - (Terres communes-Abrégé des secrets)
Christian Coulon - (Portraits-Fay sur Lignon - Haute Loire)

« On tend vers une uniformité des conduites, mais on n’y est pas encore.
Les gens se constituent leurs propres limites, finalement, ils se ferment aux autres. Ils se ferment à tout un ordre de sensations, de sentiments qu’ils refusent de connaître. Ils prétendent ne les avoir jamais éprouvés et ils ne veulent pas mettre le pied sur ces sables mouvants. Ils n’ont pas envie de toucher à la sacro-sainte image qu’ils ont d’eux-mêmes, à leur intégrité, à leur unité.
C’est une façon de ne pas vouloir reconnaître en eux une violence intime ».

                                                             
                                                                 Nathalie Sarraute - Entretiens S. Benmussa - Edit° La Renaissance - 1999

  • Un samedi soir de novembre, Annabelle, une ado SDF de 16 ans arrive dans un relais routier perdu au cœur d’un chantier forestier. En situation de survie, livrée à elle-même dans la cohue âpre et violente du routier, Annabelle va faire l’expérience du monde des adultes, de la violence, mais aussi de la possibilité d’un salut, d’une appartenance…

intentions
Annabelle est une enfant placée (*), SDF de 16 ans, au parcours chaotique, emportée par la déshérence affective, la faim, l’impératif de survie, en quête d’identité. Comme Valentin avant elle, elle démarre sa jeune vie en guerre... seule, livrée à elle-même, sans attaches ni soutien, avec pour unique ressource, son énergie, sa sincérité, son courage et pour seul langage, la violence du monde. Une violence inscrite au plus profond de son être, de sa langue, de ses rêves, de ses manques.

Affinité sociale, filiation symbolique ou biologique quelles que soient les circonstances de l’histoire, c’est le lien, ce que nous mettons en commun qui importe… autant que le courage de faire face au réel.

J’avais envie de raconter cette rencontre, sa naissance, le chemin de l’amour, le besoin que nous avons de nous reconnaître dans le regard de l’autre. Et en filigrane, interroger le sentiment d’abandon, les effets de l’exclusion sociale, le recours aux actes violents pour se sentir exister, le besoin de percer le mur du silence, d’éclairer le murmure du passé de nos histoires communes.

Le contexte de l’histoire d’un personnage n’est jamais neutre. A l’heure où les conflits sont toujours plus escamotés, euphémisés, j’ai voulu retranscrire chez chacun d’eux, la violence du désastre libéral qui transforme en profondeur les rapports entre les êtres, fondé sur l’incertitude et l’angoisse, inscrit à même nos subjectivités, qui conduit à l’uniformité des conduites, bouleverse nos rêves, jusqu’à notre psychisme.

La dynamique sous jacente du néo-libéralisme a toujours été la violence. Annabelle adopte comme les soldats en zone de combat, une « culture de la virilité » qui vise à tourner en dérision le danger et la souffrance. Pour prendre sa place dans la jungle libérale – l’humiliation du vieux en est la métaphore – chacun doit ignorer la peur et la souffrance, la sienne et donc celle des autres. La tolérance à la violence et à l’injustice infligée à autrui est érigée en valeur virile. La honte est surmontée par la banalisation du mal. Le cynisme est devenu l’équivalent de courage et de force de caractère.

Il faut partir de là. De ce lieu où règne la loi de la sélection naturelle, des conditions de la loi du plus fort, de ce besoin archaïque de pouvoir censé conjurer les peurs. Un huis clos sans échappatoire possible qui est celui du libéralisme sauvage. C’est là qu’on peut commencer à parler d’action, de genre, de codes du western. Entre la cruauté subversive de Fassbinder et des anti-héros complexes et violents de Peckinpah.

L’histoire de la rencontre d’Annabelle et de Valentin en est l’aperçu. Elle ouvre d’autres repères, un effet de miroir générationnel dans la rencontre de ces trois figures où l’avenir prend d’autres contours, où la fatalité du destin peut être enfin rompue.

Elle me donne aussi l’occasion de répondre d’une certaine manière, à ma propre histoire.

 

  • inspirée par Daniel (lien vidéo) un jeune rencontré à l’occasion d’entretiens filmés dans le cadre des aménagements de peines du Pôle judiciaire de Pontoise.

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