court métrage fiction
en recherche de production

  • genre : western contemporain
  • durée : 20 mn
  • thèmes : paternité, résilience, déforestation.

portraits : Christian Coulon 2015 - (Fay sur Lignon - Haute Loire)

« On tend vers une uniformité des conduites, mais on n’y est pas encore.
Les gens se constituent leurs propres limites, finalement, ils se ferment aux autres. Ils se ferment à tout un ordre de sensations, de sentiments qu’ils refusent de connaître. Ils prétendent ne les avoir jamais éprouvés et ils ne veulent pas mettre le pied sur ces sables mouvants. Ils n’ont pas envie de toucher à la sacro-sainte image qu’ils ont d’eux-mêmes, à leur intégrité, à leur unité.
C’est une façon de ne pas vouloir reconnaître en eux une violence intime ».

                                                             
                                                                 Nathalie Sarraute - Entretiens S. Benmussa - Edit° La Renaissance - 1999

  • Un samedi soir de novembre, Annabelle, une ado SDF de 16 ans arrive à pied dans un relais routier perdu au cœur d’une forêt dévastée par un chantier forestier. Seule, livrée à elle-même, elle cherche dans la cohue âpre et bruyante de cette fin de semaine, un dénommé Valentin Agut qu’elle prétend avoir pour père et qu’elle n’a jamais vu.
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  • La rencontre a lieu. Sans jamais lui avouer son identité, Valentin découvre chez la jeune fille le récit de sa propre histoire. Annabelle ne sait pas que l’homme qui décide de la prendre sous son aile est son père.

intentions
Paternité biologique, psychologique, symbolique, quelles que soient les circonstances de la filiation, être père n’est pas acquis, on le devient… ou pas.

J’avais envie de raconter la naissance d’un père, le chemin de l'amour, d’une rencontre, d’une résilience. Et en filigrane, la nécessité pour le Valentin le fils, de refaire le chemin du père, le besoin de comprendre l’absence de lien, essayer d'éclairer le murmure du passé et pour Annabelle la fille, la perte, le sentiment d’abandon, percer le mur du silence.

Le deuxième motif qui irrigue cette histoire est son contexte. L’industrialisation de la forêt, la gestion purement économique des forêts publiques et la violence sociale héritée du désastre libéral qui produit ses inégalités et des conditions de vie proches du 19ème siècle.

Annabelle est une SDF de 16 ans, autant à la recherche de travail que de l’histoire de son père. Comme Valentin avant elle, elle démarre sa jeune vie en guerre... C’est une enfant placée, au parcours chaotique, emportée par la déshérence affective et l’impératif de survie. Elle vit dans des conditions extrêmes, seule, livrée à elle-même, sans repères, sans attaches ni soutien, avec pour seul langage, la violence du monde et pour seules ressources, son énergie, sa sincérité, son courage. Une violence inscrite au plus profond de son être, de sa langue, de ses rêves.

Pour combattre l’absence de père et la peur de ne pas trouver de travail, Annabelle érige, comme les soldats en zone de combat, une idéologie de défense, une « culture de la virilité » qui vise à tourner en dérision le danger et la souffrance. Une violence insidieuse, euphémisée, qui l’a paradoxalement amenée à être très violente avec elle-même. Annabelle pense qu’elle n’a pas d’autre choix que de se faire du mal pour se prouver qu’elle existe, qu’elle a une valeur à ses propres yeux.

Pour prendre sa place dans la jungle libérale – le routier et le chantier forestier en sont la métaphore – chacun doit ignorer la peur et la souffrance, la sienne et donc celle des autres. La tolérance à la violence et à l’injustice infligée à autrui est érigée en valeur virile. La honte est surmontée par la banalisation du mal. Le cynisme est devenu l’équivalent de courage et de force de caractère.

En faisant la connaissance d’Annabelle, Valentin se retrouve soudain face à sa propre histoire et à celle de son père. Devant cette fille inattendue, l’avenir prend d’autres contours. L’histoire d’Annabelle, de Valentin et du vieux ouvre d’autres repères. Il y a un effet de miroir générationnel dans la rencontre de ces trois figures, où la fatalité du destin peut être enfin rompue.

La violence du déterminisme social, sourde, aux effets les plus ancrés dans notre inconscient est la plus acceptée de toutes. Elle est fondée sur l’incertitude et l’angoisse, inscrite à même nos subjectivités.

Il faut partir de là, de cette violence. De ce lieu où règne la loi de la sélection naturelle. Un huis clos, sans échappatoire possible, fait d’hostilités entre des mondes incompatibles, qui sont ceux du libéralisme sauvage, de la loi du plus fort, de ce besoin archaïque de pouvoir qui est censé conjurer nos peurs.

C’est là qu’on peut commencer à parler de genre, d’action, des codes du western. Un monde amoral où ne se pose pas la question du bien et du mal, mais qui rend possible la naissance morale d’un être dans un environnement inhospitalier.

Le cinéma pour décrire ce qu’on est incapable de changer. En l’occurence, la violence des rapports de pouvoir issue de la mise en concurrence généralisée des individus, qui conduit à l’uniformité des conduites, transforme en profondeur les rapports entre les êtres, bouleverse nos rêves, jusqu’à notre psychisme.

L’histoire d’Annabelle, de Valentin et de son père en est l’aperçu. Elle me donne aussi l’occasion de répondre d’une certaine manière, à ma propre histoire.

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