long métrage fiction
en recherche de production

  • genre : penser par soi-même
  • durée : 100 min.
  • tags : individuation, libéralisme, lien avec le vivant, écologie.

« On tire sur qui alors ? »
 
                         
John Ford - Les raisins de la colère - 1940

  • Un matin en Haute Loire dans une petite ferme en faillite, Olivier abat deux de ses vaches. Il est sauvé miraculeusement du suicide par sa mère. Prisonnier d’un modèle économique qui lui échappe, piégé par l’obligation d’investir toujours plus, il va devoir s’arrêter, choisir, comprendre ce qui l’a conduit dans l’impasse.
     
  • De son geste extrême va surgir l’expérience singulière de sa renaissance : la vie est là, complexe, imprévisible, donc passionnante... la liberté ne se donne pas, elle se prend.

intentions
L’idée du film part d’un constat d'échec. La difficulté, sinon l’incapacité que nous avons de résister, de choisir. Pétrifiés, toujours réticents à nous relier aux autres, que ce soit par l’affrontement ou la solidarité, effrayés de devoir nous dévoiler, de désobéir, de porter un regard critique sur le monde et sur nous-mêmes.

Comment dépasser ce syndrome d’impuissance, comment résoudre la difficulté que nous avons de relier le sens et nos actes ? Alors que les savoirs et les compétences se désintègrent, que les logiques de management disqualifient les métiers, saccagent l'expérience, comment mettre du sens dans nos vies ?

Depuis mon enfance à la ferme chez ma grand-mère, jusqu’à mes années d’ouvrier agricole, j’ai toujours eu un rapport organique au monde paysan. J’y ai observé et appris l’asservissement au devoir et au travail. J’y ai découvert notre vision utilitariste de la nature et là comme ailleurs, notre désinvolture, notre peur et notre incapacité à imaginer, à nous représenter le monde autrement.

J'ai voulu avec l’histoire d’Olivier, mettre à jour un homme en situation d’urgence, acculé au burn-out. Un personnage ordinaire qui vient du réel, qui courbe l’échine, conduit à douter à chaque instant de sa propre valeur et de sa légitimité et qui pour survivre s’enferme sans le moindre regard critique dans une logique économique qui le mène à sa perte. Le suicide plutôt que la révolte.

Olivier est un simple paysan, loin des clichés citadins. Comme beaucoup d’entre nous, il n’a plus de temps pour penser, n’est plus capable de sentir, d’aimer. Il a cessé de se poser la question du sens de ses actes. Sa seule alternative est de se livrer corps et âme aux appétits illimités du monde marchand et à ses pulsions mortifères. Il en est venu à croire que la seule loi du monde, c’est la concurrence et la mort. Comme si ses valeurs essentielles, humaines, étaient aujourd’hui périmées, comme si son lien avec la vie était devenu impraticable. Il est devenu un être jetable, remplaçable.

Il n’a pourtant pas d’autre choix que de se réconcilier avec l’essence même de son humanité : se relier au vivant… ou disparaître.

Olivier est pris au cœur de cette contradiction. Il a beau s’appliquer, reproduire ce qu’il a appris de son père – le modèle agricole intensif – il voit bien que ça ne marche pas, que ça ne fait pas de lui une personne. Les pratiques et les valeurs qui ont animé ses parents sont toujours d’actualité. Elles sont d’une modernité criante. Désastreuses.

Dans son essai Les Irremplaçables, Cynthia Fleury s’élève contre ce processus de perte de soi, de désingularisation magistrale des individus à l’œuvre, avec l’idéologie libérale.

La mise en image de nos représentations est profondément politique.
Est-il encore permis de mettre à l’épreuve notre responsabilité intime face à l’uniformisation et l’injonction économique ? Nous est-il encore possible aujourd’hui de nourrir d’autres imaginaires ?

Pour s’individuer, il faut être en relation avec le réel, c’est-à-dire avec l’autre : avoir le courage de sortir de sa prison intérieure, trouver en soi la volonté de s’engager, de mettre sa subjectivité à l’épreuve, risquer sa liberté de conscience pour construire l’hypothèse de son propre destin. Et s’y tenir, sans se soumettre.

Il ne s’agit pas d’un projet de plus qui viendrait compléter l’émergence d’un nouveau genre qui traite de la condition paysanne face au libéralisme, où chaque film se résoud par un constat sinistre et déprimant. Pour raconter cette histoire, il fallait impérativement partir de la catastrophe, sortir du constat.

Le geste d’Olivier est un acte de naissance. Il est à la recherche d’un acte de création, d’une issue, d’une altérité. Je veux filmer cette quête. Donner une forme à sa colère, à sa dérive animale, à la solitude qu’il s’impose, trouver ce mouvement vital, flottant et incertain qui produit une sorte de charge qui s’accumule et s’enracine en lui irrémédiablement.

C’est une course pulsionnelle, instinctive, comme une succession de moments d’énergie intérieure, sociale, politique. Il s’agît pour Olivier de se relier au vivant, à l’autre, autoriser la fragilité de ce qui prend forme, prendre le risque de vivre, d’aimer, d’habiter le monde en conscience.

Je veux faire un cinéma non pas du soulèvement mais du relèvement, un cinéma de l’après, qui remet le désir à l’endroit, un cinéma sur l’expérience de la conquête de soi face à la violence, la puissance et l’avidité de l’injonction libérale.

Et tenter d'interroger les effets de cet ordre moral sur l'Homme aujourd’hui, sans âme ni philosophie, timoré, dominé par la peur, le calcul, le goût du néant, dépossédé de toute exigence critique, conformiste par adhésion, irresponsable, privé de sa singularité ou plus précisément de son « irremplaçabilité ».

février 2020

soutiens

  • CNC - Aide à la réécriture
  • consultants :
    • Alexandra Badéa
    • Nadja Dumouchel
    • Prosper Hillairet
    • Pascale Nandillon
  • LA SELECTION - Talents 2016 - Fondation GAN pour le cinéma - Groupe Ouest
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  • FESTIVAL ATMOSPHERE - synopsis lauréat 2019 
    Emergence de nouveaux récits pour le XXIème siècle
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