Jouer est tellement simple...

Au cinéma, l'acteur filmé n’est apparemment pas seul responsable de ce qu'il produit, car au questionnement du jeu fragmenté s’ajoutent celui du point de vue de l'auteur, du dispositif de la mise en scène, du cadre, du montage... l'acteur est pourtant responsable, intensément et à chaque instant de son interprétation, c'est à dire de sa lecture d'une situation donnée.

Pourquoi croyons-nous en lui, à ce qu'il vit ? Pourquoi n’est-il plus crédible ?

objectifs

L'atelier vise à développer et affirmer le point de vue de l'acteur, à accroitre son autonomie et sa créativité face à la caméra.

Ce travail de recherche passera par un décryptage de notre rapport intime au présent. Un décryptage propre à chaque participant, lié à un sens dramaturgique intime qu’il devra mettre à jour, avec ses perceptions les plus intuitives, pour les traduire face à la caméra, sans jouer une quelconque représentation de lui-même. Chacun interrogera le rapport qu'il a avec son image filmée, pour en mesurer la nature, pour en faire récit de manière organique, pour accueillir la caméra et ses contraintes.

dispositif

Comment vivre d’une manière juste l’instant présent selon les circonstances imaginaires données par un auteur ? Comment trouver sa sincérité organique, être dans un mouvement naturel - non quotidien - plutôt que dans l'habileté et le contrôle ?

Pour accéder au réel et à son intime de joueur, il convient de mesurer combien ce que nous tenons pour la réalité n'est pas le réel. La vision prime sur l'imaginaire. A chacun d'être, de créer son jeu, ses règles, de fabriquer son monde, à chacun d'être dans la pleine réalisation de son potentiel d'acteur face à la caméra. Ne pas jouer, vivre, être avant même de réfléchir... ne montrons rien, laissons voir.

A partir d’improvisations, d'échanges, de tentatives, de situations multiples, le groupe de travail se posera des questions simples : que faire de ce récit, comment le porter, quel lieu, quel traitement ? Il ne s'agit pas de faire des choix de scènes, mais des choix dramatrugiques. Pas de cage de scène au cinéma, le champ des lieux possibles est infini. L'écoute d'un lieu induit aussi une atmosphère, un traitement narratif. Cette liberté est une part de l'écriture qui incombe à l'acteur.

profils

Cet atelier de recherche a été initié dans le cadre de l'Atelier RL avec des comédiens professionnels de 2012 à 2014

 

témoignages

Dans l'atelier jeu & caméra, Gilles nous a incité à chercher et explorer ce que j'appellerais « un abandon conscient » à l'instant présent ; il était question de se laisser traverser et agir par « ce qui est là », que ne manque pas de capter la camera, comme nous avons tous pu le constater au visionnage de ces précieux instants que Gilles a su si sensiblement saisir ; sans support de texte dans un premier temps, puis avec une parole improvisée, pour ensuite passer à des dialogues déjà existants, nous avons pu prendre le temps de décrypter et enrichir ensemble, et pour chacun d'entre nous, notre relation particulière, intime, à la caméra ; travail qui n'a pu se faire que grâce au climat de confiance que Gilles a su installer par son écoute et son regard bienveillant, sans complaisance et sa sensible générosité.

Valérie Fontaine

 

J’ai travaillé en atelier avec Gilles Trinques pendant une saison, à raison d’une séance par semaine. Ce fut passionnant. L’idée était de partager, d’échanger et d’enrichir nos connaissances et notre recherche, dans un esprit collectif qui développe aussi l’autonomie de chacun. Un comédien ayant encore peu l’expérience du travail à la caméra n’a pas la possibilité de mettre en relation son propre travail d’acteur qu’il a proposé avec le rendu à l’image qui est l’œuvre de celui qui construit cette image. Il ne peut rien apprendre de ses succès et de ses échecs aux castings et aux essais, par manque de retours discutés et analysés : ça va trop vite et le but n’est pas là. L’acteur est choisi ou écarté sans savoir pourquoi ni surtout ce qu’il peut améliorer. Car le rendu de son travail à l’image lui échappe à chaque fois. C’est cette faille que Gilles nous a proposé de combler : avec des exercices apparemment simples mais riches d’enseignement, et des scènes choisies. Filmées puis analysées ensemble dans un esprit de confiance, d’humilité et de respect mutuel.

La personnalité de Gilles, sa connaissance du métier d’acteur, son ouverture esprit et l’attention qu’il porte à chacun, sa réflexion et sa capacité à se remettre en cause tout autant que l’acteur, ont fait de cet atelier un moment de travail qui nous a enrichis et donné confiance. Nous avons ainsi déjà pu trouver les quelques outils de base nécessaires pour pouvoir être l’acteur autonome et conscient que nous devons être, face à la caméra.

Hélène Jupin.

 

L'atelier m'a apporté beaucoup. Je n'ai pas l'habitude du travail devant une caméra. J'ai tendance à paniquer devant cet outil que je ne maîtrise pas… Tout s'y fait dans la bienveillance et le respect de chacun. Du coup, on se détend, on ose. Suivant les besoins de chacun, du travail en profondeur sur une scène choisie, à la situation concrète  dans une situation de casting, en passant par des exercices très intéressants de présence, présence unique de chacun à l'image, on explore ce rapport à la caméra, à l'image. J'ai senti beaucoup d'écoute et de disponibilité  mais aussi une grande exigence et beaucoup de rigueur. Egalement, le désir d'un travail en profondeur. Beaucoup de finesse, de la précision dans l'analyse des propositions et aussi une grande ouverture.  Je recommande vraiment cet atelier, ça fait du bien !

Marie-Hélène Peyresaubes

 

Le travail devant la caméra proposé par Gilles Trinques m’a permis de revenir à l’essentiel souvent négligé du travail de l’acteur, et qui va bien au delà de sa formation préalable au jeu dramatique, à savoir le travail sur soi et le “connais-toi toi même”. J’ai pris conscience que dans la relation intime qu’il y a avec la caméra, elle est un partenaire, un appui, un soutien car le regard qui est posé sur moi derrière elle est positif et désirant. Elle devient ainsi une alliée, une amie, une confidente et non plus une intruse. Il faut donc “l’accueillir” en toute “simplicité”, sans doute ce qui est le plus difficile à faire, sans réserve, sans essayer de la fuir, de se cacher, de paraître, de crâner, ou pire encore d’imposer l’image qu’on souhaite donner ou que l’on croit avoir. Tous ces artifices intérieurs ne sont que des masques que l’acteur prend quand il est en échec dans son travail de jeu. Ce mensonge à soi-même est grossi au centuple quand il est capté par la caméra qui voit et agrandit tout, et apparaît à l’écran comme une fuite narcissique et un mensonge vulgaire imposés au spectateur qui ne peut que les rejeter.

Apaiser et négocier avec les conséquences de la panique, l’anticipation, la culpabilité, etc… provoquées par les mots “ça tourne”, “action!”, accepter de se laisser voir ici et maintenant tel(le) qu’on est, comme le chat sur le radiateur qui, se sachant observé, regarde tranquillement par la fenêtre, être actif sans être agité et laisser couler hors de soi ce que la caméra va venir cueillir, tout cela demande confiance, générosité, complicité, écoute, collaboration de part et d’autre de la caméra. Toutes ces conditions préalables nécessaires à l’acte artistique de cinéma étaient présentes dans le travail avec Gilles Trinques. C’est cette expérience-là qui m’a permis de progresser, car il ne s’agit pas de l’acquisition d’un savoir faire mais de la quête d’un savoir être. Ce travail est une expérience humaine palpable qui remplit de joie quand on se trouve au bon endroit intérieur pour avoir la liberté de jouer.  Inversement, j’ai pu prendre clairement conscience des moments où je n’étais pas au centre de moi-même, disponible et libre et j’ai pu ainsi commencer à chercher les moyens d’y remédier pour tenter de parvenir à cet état de jeu, juste, libre et évidente. Repérage de mon état intérieur, de ma disponibilité au jeu d’une part, et acceptation de mon consentement et de ma liberté de l’autre…  travail sur soi et “connais-toi toi même” donc!

Michèle Séeberger


production : Atelier RL - Gilles Trinques